Partout où la géologie le permet (pierre tendre et accessible), l'homme a profité de la nature pour extraire des matériaux voire même creuser sa maison. On trouve cet habitat sur tous les continents et il est tout à fait actuel en Chine où on estime que plusieurs dizaines de millions de personnes y habitent encore.
En Europe, les sites sont particulièrement nombreux en Espagne et en France, mais le nombre de personnes qui résident de manière permanente est relativement faible aujourd'hui. Pourtant, la moitié de la population du Saumurois habitait encore en troglo au XIXe siècle !

En Val de Loire et spécialement en Anjou, le phénomène est original pour deux raisons :

Notre région est aussi riche de souterrains refuges : certains ont été creusés tout spécialement à cet effet pendant des périodes de troubles (invasions barbares, guerre de cent ans, guerres de religion). C'est un ingénieux système de défense en profondeur avec un couloir qui part de l'extérieur et dessert plusieurs salles. Toute une série d'obstacles retardent l'éventuel assaillant.
Dans certaines communes autrefois, les habitations étaient presque toutes troglodytiques et les indices d'une présence humaine étaient peu visibles en surface. On associe souvent ce type d'habitat à une population pauvre. Certes, ceci a été pendant des siècle l'habitation des populations modestes : paysans, carriers, bateliers de Loire...mais on trouve aussi des habitats seigneuriaux troglodytiques, de grands pigeonniers (fuies) symbole de privilèges nobiliaires, des édifices religieux, des chapelles souterraines.
Tout ceci témoigne d'une véritable société souterraine avec un mode de vie dominé par la pierre et dominant la pierre : une adaptation à l'obscurité et à l'humidité propre à ce milieu, une complémentarité entre l'exploitation en surface et la vie sous terre.

Le mode de vie des troglodytes ne pouvait plus répondre aux exigences
de confort. C'est pourquoi cet habitat a été progressivement délaissé au cours du siècle dernier.
Non entretenu, il s'est progressivement dégradé. Les quelques personnes qui ont continué à y résider l'ont fait pour des raisons d'âge ou pour des raisons de pauvreté. C'est ce qui explique l'image souvent négative qu'en avait la population locale.
Les premières réutilisations économiques des carrières :
La restauration des monuments (et en premier lieu de l'abbaye de Fontevraud) et des habitations traditionnelles de la vallée de la Loire nécessitant de grandes quantités de tuffeau, des carrières d'extraction ont été rouvertes dans les années 70. Ce sont les carrières Lucet, à Saint-Cyr-en-Bourg.
C'est surtout la reconversion touristique qui a permis la sauvegarde de ce patrimoine, devenu depuis un atout de développement économique pour la région : zoo de Doué-la-Fontaine, anciennes fermes et hameaux transformés en écomusées, restaurants, galeries d'exposition, ateliers d'artisans d'art, gîtes...
Depuis peu la pierre retrouve de nouveaux habitants. Dans la région saumuroise, les premiers « retours » ont eu lieu dans les années 70. En Touraine, l'abandon a été moins significatif, particulièrement sur les bords de la Loire, grâce notamment aux résidences secondaires.
Ce mode d'habitat devient très en vogue, car il incarne un certain nombre de valeurs de la société actuelle : écologie, nature, économie, esthétique, authenticité...
Ceci va de pair avec l'utilisation de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques de chauffage et de ventilation. Ces nouveaux troglodytes contribuent à changer complètement l'image de ce mode de vie. La population locale s'y intéresse à nouveau et cherche à valoriser ce patrimoine. Les collectivités locales apportent leur appui et encouragent les projets, particulièrement dans le domaine de l'hébergement.
Le patrimoine troglodytique est une composante à part entière du « paysage culturel, vivant, évolutif » au titre duquel notre région a été classée au patrimoine mondial (pour en savoir plus sur l'inscription du Val de Loire : www.valdeloire.org).